Depuis le début de sa garde à vue samedi dernier, Idrissa Seck est auditionné sur l'atteinte à la sûreté de l'Etat. Donc, exit le dossier des chantiers de Thiès. Du moins, pour le moment. Pour ses conseils, cette substitution de charge déclinée par le procureur de la République est une manière de le retenir davantage.
Interpellé par la Division des investigations criminelles (Dic), pour être entendu à titre de témoin sur le dossier des chantiers de Thiès, Idrissa Seck s'est vu notifié, chemin faisant, le délit d'atteinte à la sûreté de l'Etat. En effet, selon les révélations de ses conseils, lors de leur conférence d'hier, «il n'a rien été des chantiers de Thiès durant la garde à vue qui avait débuté, d'après le commissaire Assane Ndoye, dans la nuit du vendredi au samedi 16 juillet à 1 heure du matin».
Ainsi, d'après Me Boucounta Diallo, «cette situation est extraordinaire car, du témoin, Idrissa Seck est vite passé au suspect». Une parade qui se justifie par le besoin pressant des autorités de le mettre en détention à tout prix, explique-t-il. «Sachant que la piste des chantiers de Thiès ne saurait prospérer pour cause de l'incompétence de la Dic à l'entendre en tant qu'ancien Premier ministre, le délit d'atteinte à la sûreté de l'Etat a été brandi. Une reconversion qui laisse apparaître une confusion dans la gestion du cas Idy», fustige l'avocat. En effet, pour Me Sidiki Kaba, cette cacophonie a démarré par la sortie du ministre de l'Intérieur, Ousmane Ngom, lors sa conférence de presse, le même jour de la convocation de M. Seck devant les li-miers. «Ce dernier déclarait, à travers son communiqué remis à la presse, que l'audition du maire de Thiès, sur le rapport de l'Inspection générale d'Etat, s'inscrit dans le cadre du respect de la notion de transparence et de bonne gouvernance. Ajoutant, dans la même foulée, qu'il y avait une violation flagrante du code des marchés», rappelle Me Kaba.
Pour Me Diallo, «certaines autorités avaient même poussé le bouchon jusqu'à dire que des indices et des preuves ont été trouvés». Que nenni ! Seulement, il déplore que «ces dernières ne soient pas allées au bout de la logique juridique». D'après Doudou Ndoye, la voie a été tracée par le procureur de la République. «C'est un clin d'œil de Lansana Diabé, le samedi 16 juillet, dans un communiqué de presse quand il déclarait que la Dic a été saisie par le parquet pour les besoins d'une enquête sur l'atteinte à la sûreté de l'Etat». Le mot est lâché et la balle qui le contient est saisi au bond par la Dic pour changer de fusil d'épaule. «Le procureur a fourni la plus belle illustration dans son communiqué de presse signé et cacheté. Cela était devenu un acte de procédure», renseigne Me Ndoye.
Ce virage des autorités aux allures de tâtonnement est, de l'avis de Me Kaba, «un mensonge d'Etat en ce sens que l'on n'a pas dit la vérité au peuple sénégalais. Mieux, l'on abuse de la liberté d'une personne dans ce dossier en changeant de sujet». Il ajoute «qu'il s'agit également d'une manipulation politique scandaleuse et d'un détournement de procédures». Toutes considérations qui font déduire au président de la Fédération internationale des droits de l'Homme (Fidh) que la «c'est la défaite du droit». Une situation qui n'est pas sans conséquence en ce «qu'elle aura ruiné en cinq jours les atouts démocratiques du Sénégal».